Je suis footballeur et PD

L’homosexualité dans le football est un sujet tabou. Encore plus en centre de formation. Pourtant, impossible d’imaginer qu’aucun joueur, parmi les 2 400 actuellement en centre de formation, n’est homosexuel. Un jeune footballeur a accepté de se livrer pour EspoirsduFootball.com. Pour...

L’homosexualité dans le football est un sujet tabou. Encore plus en centre de formation. Pourtant, impossible d’imaginer qu’aucun joueur, parmi les 2 400 actuellement en centre de formation, n’est homosexuel. Un jeune footballeur a accepté de se livrer pour EspoirsduFootball.com. Pour raconter son histoire et faire réfléchir.

Je suis né à la fin des années 90 et mon parcours de footballeur est parfaitement classique. La découverte du ballon rond dans les cours de récréation en primaire, les parties de football avec mes amis, que ce soit sous le préau à l’école ou au pied de la cité. On était une belle bande de potes, et même si j’ai quitté le quartier depuis longtemps, c’est toujours un plaisir de retourner « chez moi » pour revoir toutes les personnes avec lesquelles on a fait les 400 coups.

La découverte de mon homosexualité

On ne peut pas vraiment dire que la découverte de mon homosexualité a été aussi grandiose que la découverte de l’Amérique. Si je me plonge dans mes souvenirs d’enfant, je n’ai rien en mémoire qui me rappelle que j’ai été attiré par les filles. A vrai dire, je pense avoir toujours su que je préférais les garçons. Certains homosexuels disent parfois que l’homosexualité leur est tombée dessus, mais ce n’est pas mon cas. Je me souviens bien de mes parents, comme tous les parents, qui essayaient de me « marier » avec des filles de leurs amis quand j’étais en primaire, mais comme je savais que c’était un jeu, je n’étais pas surpris de ne rien éprouver pour elles.

En primaire, j’étais tout simplement très loin de penser à mon orientation sexuelle. Mon seul but était d’entendre la sonnerie de l’école, pour descendre les marches quatre et quatre et aller taper dans le ballon avec mes potes. Comme j’étais plutôt doué, je pensais au football et j’évitais tout simplement de me faire distraire par des éléments extérieurs, que ce soit des filles … ou des garçons …  Et puis, il faut être franc, à 10 ou 11 ans, on confond souvent l’amitié et l’amour, alors le sexe …

En réalité, c’est peu de temps après avoir signé mon accord de non sollicitation avec un club professionnel que j’ai « découvert » que j’étais homosexuel. Je ne l’ai pas vraiment découvert, puisque comme je l’ai dis, j’ai toujours su que j’étais plus à l’aise avec les garçons. Disons que je m’en suis rendu compte. Signer un ANS est particulièrement éprouvant pour un jeune garçon de 13 ans. Même si dès l’âge de 10 ans, je savais que j’avais du talent puisque des clubs professionnels se déplaçaient pour venir me voir jouer avec mon club, c’est vers 12 ans que j’ai compris que le football allait sans doute être mon avenir. C’est une période charnière pour la construction d’un pré-adolescent, et je dois dire que je l’ai particulièrement mal vécue.

Comme je l’expliquais, un footballeur un peu doué avec ses pieds, ne peut pas échapper aux radars des recruteurs de clubs professionnels qui sillonnent la France. Surtout que je suis issu d’une zone géographique plutôt dense. Alors que c’est à 13 ou 14 ans qu’on se forge une personnalité, qu’on a besoin d’avoir de la stabilité, c’est l’âge auquel j’ai tout quitté. Mes parents bien sûr, mais également mes amis, mes éducateurs, bref mon quartier, mes repères. C’est également à ce moment que j’ai réellement compris que j’étais homosexuel. J’ai quitté mon meilleur ami – il l’est toujours aujourd’hui – et je me suis rendu compte que j’étais triste sans sa présence. Pas comme un couple déclaré bien sûr. Mais comme deux personnes qui s’apprécient, qui sont heureux d’être ensemble. Bref, qui s’aiment, sans bien évidemment savoir si c’est de l’amitié ou de l’amour. De son côté c’était uniquement de l’amitié. Du mien, je ne sais même pas vraiment. Un peu des deux sans doute. Mais comme nous sommes tous les deux complices, j’ai rapidement compris que notre amitié ne deviendrait jamais de l’amour. Et comme de son côté il est très tolérant, nous sommes encore amis. Et malgré quelques jours d’incompréhension au début, il est revenu vers moi comme si de rien était. Et notre amitié est encore plus forte qu’avant. Je ne le remercierais jamais assez pour sa tolérance et sa protection.

Mes parents ont beaucoup souffert quand je leur ai « avoué » que j’étais homo. Je pense tout d’abord que malgré tout l’amour qu’ils me portent depuis toujours, apprendre que leur enfant était homosexuel a été un vrai choc pour eux. Mes deux parents ont surtout eu peur pour moi. Mon père a longtemps joué au football et il sait à quel point les footballeurs peuvent être de « gros bourrins ». Il avait donc peur qu’on me colle une étiquette et que je sois stigmatisé au centre de formation. De son côté, ma mère avait la crainte que je craque mentalement et elle aurait souhaité que je rentre à la maison pour me protéger.

La vie au centre de formation

« Et alors, on est pas des PD, on leur rentre dedans« . Je crois que ma première expérience homophobe a eu lieu au centre de formation. Comme je ne savais pas vraiment qui j’étais avant, je n’avais jamais fait attention aux discours de mes précédents éducateurs. Peut-être est qu’ils utilisaient aussi des expressions comme « on est pas des tarlouzes » pour nous motiver ou « espèce de PD » contre des adversaires mais sincèrement je ne m’en souviens pas. A l’époque du quartier, on avait plutôt tendance à répondre aux agressions racistes comme « sale présu, retourne en Afrique » ou « putain de bougnoule« . C’était normal pour nous. On avait des joueurs de toutes les origines et de toutes les religions. Donc on se sentait solidaires. Tu insultais un coéquipier, tu insultais toute l’équipe. Par contre, on ne répondait pas vraiment aux insultes homophobes. Enfin si. Mais plutôt pour faire comprendre qu’on « était pas des PD« . Et moi aussi j’étais d’accord avec ça. « Je n’étais pas un PD« .

Bref, comme je le disais, c’est au centre de formation que j’ai vraiment été sensible aux messages à caractère homophobe. C’était assez récurrent mais pas contre moi bien évidemment. Déjà que je commençais à peine à prendre conscience de mon homosexualité, j’étais confronté de plein fouet à une espèce de banalisation du discours homophobe. Après je ne vais pas pleurer la dessus non plus. Ça serait trop facile. Ce qui m’aurait réellement fait mal, c’est qu’un coéquipier m’insulte de PD en sachant que je l’étais. Là, je pense que j’aurais vraiment souffert. Je ne sais pas si ma sensibilité de l’époque vient travestir mes souvenirs, mais j’avais vraiment l’impression que balancer des insultes était dans les mœurs du centre ! On était des gamins, donc pour s’amuser on pouvait traiter certains coéquipiers de « paysans« . Donc je dois aussi me regarder en face. Je ne vais pas reprocher à un mec de m’insulter de « taffiole » alors que moi-même je l’ai peut-être insulté de « négro » ou de « paysan« .

Je pense que c’est vers 13 ou 14 ans qu’un jeune commence à vraiment découvrir les relations amoureuses voire la sexualité. Cette période coïncide souvent avec l’entrée en centre de formation. Quand on est un jeune footballeur qui vient d’intégrer le club pro du coin, on est parfois considéré comme l’attraction locale. On commence à voir des agents tourner autour de nous pour faire leur business, et les filles à vouloir se caser pour assurer leur avenir. Elles ont tapé à la mauvaise porte en ce qui me concerne. Enfin, surtout pour l’avenir, car comme plusieurs jeunes homosexuels j’ai essayé avec des filles. Bien évidemment, sans un grand succès. Je lis souvent que des footballeurs sont avec des filles pour l’apparence et pour l’image. Je comprends cela. C’est plus facile et ça évite de répondre aux interrogations de l’entourage et aux questions des parents. Moi, j’ai fais ça pendant plusieurs mois. Ça me permettait d’être tranquille et de me découvrir. Je me suis peut-être menti à moi-même. Et à ces filles également. Je ne pense pas que ce soit une attitude propre aux footballeurs. Ça permet de se protéger du jugement, alors même qu’on est pas encore assez fort soit-même pour assumer.

Le regard des autres

Dans le vestiaire, plusieurs de mes coéquipiers savent que je suis homo. Certains connaissent mon copain actuel et d’autres non. C’est normal. Moi non plus je ne connais pas les copines de tous mes coéquipiers. C’est sûr que certains sont homophobes, au sens premier du terme. Ils ont peur de l’homosexualité. Comme si c’était une maladie honteuse et contagieuse. Ils regardent tellement de clips de rap, parlent tellement de sexualité qu’être homosexuel est totalement anormal pour eux. La religion y est également pour beaucoup. Depuis que certains savent, je me rend compte qu’ils font un peu plus attention à leurs propos. Mais je ne les reprendrais jamais. Il y a parfois des insultes qui sortent de ma bouche donc je suis tolérant et j’accepte que ce soit également le cas pour des coéquipiers. Ce qui pourrait réellement envenimer mes relations avec quelqu’un c’est si ses propos étaient récurrents ou blessants volontairement.

Ce qui est marrant, c’est que je n’ai pas fait de coming-out. Je trouve ça complément con. Je ne m’imagine pas réunir tout le monde pour dire : « bon bah voilà je suis PD« . Je l’ai juste dis à quelques potes du centre. Mais un jour, un coéquipier qui n’était pas vraiment au courant est venu me voir car il voulait qu’on « trouve le PD ensemble« . On a longtemps cherché. Il était persuadé d’avoir repéré le coupable qui « avait un regard bizarre » parfois.

Un autre coéquipier a un de ses frères qui est homo. Un jour il est venu me voir en larmes, car il venait de l’apprendre. Je ne sais pas si c’était des larmes de tristesse ou d’énervement. Sans doute un peu des deux. Nous avons beaucoup parlé et je pense qu’il s’est rendu compte que ce n’était pas une maladie héréditaire. On en rigole parfois encore. Il était entré dans ma chambre en me disant « putain tu te rends compte, mon frère est une putain de tapette« . Il a eu l’air tellement con quand je lui ai dis qu’il avait sans doute le flair pour marquer des buts mais pas pour repérer les PD.

J’ai lu plusieurs articles qui évoquent l’homophobie des jeunes footballeurs. Pour moi, ce sont des conneries. Ce que les footballeurs détestent ce sont les faibles. Le raccourci « tarlouze efféminée = faible » est assez facile. Nous sommes dans un milieu où il ne faut pas avouer ses faiblesses. Nous sommes forgés comme ça. Les mauvais prennent la porte. Quand je suis arrivé au centre, je n’ai pas assumé. J’étais dans l’incertitude. Désormais, je suis un leader de l’équipe et il est plus facile pour moi d’assumer qui je suis. Et pour moi, être homo n’est pas une faiblesse. C’est au contraire une énorme force. Il faut un mental exceptionnel pour faire face à ses propres angoisses sur sa sexualité. Je pense même que ça m’a forgé en tant que footballeur.

De façon générale, je pense sincèrement que les footballeurs ne sont pas fondamentalement homophobes. Il y a un culte de la virilité, sans doute encouragé par les entraîneurs et les supporters, qui génère des propos et des attitudes parfois condamnables. Mais j’imagine que c’est également le cas dans d’autres milieux.  Après bien évidemment il y a des joueurs irrécupérables, qui estiment qu’il faut « brûler les tapettes« . Certains m’ont dit ça frontalement. Ça s’est parfois réglé aux poings. Histoire de montrer que l’homosexualité n’est pas incompatible avec la virilité. J’ai beaucoup de mal à comprendre ces mecs. Ils disent souffrir de racisme, mais sont parfois les premiers à insulter les autres.

Comme vous seriez déçu que je ne parle pas des douches collectives, je vais être rapide. Ça a été un peu difficile au début. Un jour j’ai expliqué à un coéquipier que ce n’était pas parce que j’étais homo que j’allais le chopper dans les douches et qu’il n’était pas du tout mon fantasme. Un autre jour, j’ai demandé à un autre s’il allait forcément agresser une fille nue si elle se douchait avec lui. Vu son regard, j’ai compris que c’est lui qui avait un problème.

A une époque où je ne savais pas encore qui j’étais, j’avais l’impression que tout le monde savait que j’étais homo. Dans les duels avec des adversaires qui me traitaient de « sale PD » ou dans les insultes venues des spectateurs le long des mains courantes qui disaient « ne le laisse pas passer cette tapette« . On aurait dit que tous les regards étaient braqués sur moi. Je rêvais de marquer un but, soulever mon maillot et exhiber un tee-shirt avec écrit « je suis PD, et alors ? » un peu comme Balotelli avec son « why always me ?« . J’ai craqué une fois. Personne n’a su que c’était pour ça. Bien évidemment, c’était des insultes en l’air de leur part. Personne ne savait que j’étais homo. Et le révéler aurait été contre-productif.

illustration-foot-pd-3Pas un porte drapeau

C’est sans doute paradoxal, vu le témoignage que j’ai souhaité livré, mais je ne me défini pas par mon orientation sexuelle. Quand je me présente je ne dis pas « bonjour, je suis homosexuel« . Ça ne regarde personne. Surtout que je ne le porte pas sur moi, et que mon interlocuteur n’en a sans doute rien à faire. Je n’ai rien contre les personnes qui se revendiquent « homosexuelles » mais je déteste le communautarisme. Ça m’énerve que des individus s’autoproclament « représentants de la communauté homosexuelle« . Bien sûr, je suis jeune, je n’ai sans doute pas le sens de l’histoire et peut-être que dans quelques années je me dirais que ces personnes se sont battus pour moi. Mais à l’heure actuelle je pense qu’elles génèrent une stigmatisation de la fameuse « communauté gay« . Par exemple, la gay pride, c’est vraiment pas mon truc. Je ne retire aucune fierté à être homo. Moi, si jamais je dois sortir demain pour exhiber une quelconque fierté, ça sera pour assumer un choix ou une conviction. Pas pour assumer ma vie. De façon générale, j’ai l’impression que les coéquipiers que j’estime homophobes le sont essentiellement parce qu’ils n’aiment pas l’image que des gays peuvent renvoyer. Sincèrement, certains sont tellement dans le caricature de la « pédale » ou de la « folle » que j’ai l’impression qu’ils génèrent des réactions encore plus violentes envers les homos.

L’avenir

Le foot a toujours été ma vie. Je n’ai jamais négligé l’école, car c’était le deal de départ avec mes parents, mais je ne pourrai jamais vivre sans football. Que ce soit en Ligue 1 ou en DHR, je continuerai à jouer au football.

En ce qui concerne mon témoignage, mon but n’est pas militant. C’est la raison pour laquelle il est anonyme. Mon nom n’a aucun intérêt. Les personnes qui doivent savoir que je suis homo le savent déjà. EspoirsduFootball.com est lu par de nombreux footballeurs en centre de formation (ou pas) et c’est la raison pour laquelle je voulais témoigner. Il ne s’agit que de mon histoire mais je suis certain que plusieurs lecteurs vont se retrouver dans mes propos. J’ai la chance d’être costaud mentalement et d’avoir eu la chance de tomber sur des gens majoritairement tolérants, donc peut-être que mon expérience n’illustre pas forcément les expériences de certains jeunes homosexuels. Mais je pense fortement à eux et je souhaite leur apporter toute mon énergie pour ne pas subir leur homosexualité et les souffrances qu’elle peut générer.

J’espère également que des lecteurs, peut-être plus fermés que d’autres, pourront également comprendre que des personnes peuvent souffrir de leurs propos ou de leur attitude, et qu’on ne choisit pas d’être homosexuel.

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