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Joël Kiassumbua: « comment j’ai découvert le pays de mon père…»

De nombreux binationaux ont grandi en Europe avant de défendre les couleurs d’un pays africain. Né à Lucerne, le gardien du FC Wohlen fut champion du monde M17 avec la Suisse en 2009 avant de disputer la Coupe d’Afrique des nations avec le Congo.

Joël Kiassumbua n’est pas que l’un des huit joueurs du championnat de Suisse de football appelés à disputer la Coupe d’Afrique des nations (CAN); il est le seul qui possède aussi un passeport rouge à croix blanche. Né à Lucerne de mère suisse et de père congolais, le gardien de 24 ans fut même champion du monde avec l’équipe de Suisse M17 aux côtés de Granit Xhaka et Haris Seferovic. Mais en 2015, il a accepté de porter le maillot du Congo. Pour le portier du FC Wohlen (Challenge League), cela ne revient pas à renier une partie de son identité, mais au contraire à embrasser la diversité de ses origines. Depuis le Cameroun, où les Léopards se sont préparés depuis le 1er janvier avant de rejoindre le Gabon où se déroule la compétition, le jeune homme polyglotte – il parle allemand, suisse-allemand, français, anglais, italien et «commence à se débrouiller en lingala» – a répondu au Temps par téléphone.

Le Temps: Qu’est-ce que disputer la Coupe d’Afrique des nations représente pour vous?

Joël Kiassumbua: C’est une bénédiction. J’ai déjà eu la chance de porter les couleurs de mon pays natal en sélection de jeunes, et maintenant je joue avec l’équipe A du pays de mon père. La fierté est telle que je n’ai pas les mots pour l’expliquer.

– Dans quelles circonstances avez-vous été convoqué la première fois?

– En 2015, le Congo a terminé troisième de la CAN et, dans l’enchaînement, plusieurs anciens ont décidé de se retirer, dont le gardien titulaire. De mon côté, je réalisais avec Wohlen une très bonne saison. La presse congolaise commençait à parler de moi. Le sélectionneur me suivait de près. Et un jour, il m’a appelé directement. Il m’a présenté son projet: créer une nouvelle équipe en faisant appel à de nombreux binationaux, des joueurs dans ma situation. Et il m’a dit qu’il comptait sur moi pour l’avenir. Je ne devrais pas être titulaire au début de la CAN, mais tout peut arriver pendant un tournoi. Et comme je suis le plus jeune des trois gardiens de la sélection, j’ai confiance sur le moyen terme.

– Vous avez porté le maillot des sélections suisses espoirs pendant des années. Pourquoi avoir désormais accepté de représenter le Congo?

– Vous savez, je ne me pose pas la question de savoir si je me sens plus suisse ou plus congolais. Je suis les deux. Dans ma situation, il n’y avait pas à réfléchir. La Suisse est mon pays natal, j’y ai fait toute ma formation et je suis fier d’avoir été en équipe nationale, mais je n’avais pas l’impression de l’abandonner en rejoignant les Léopards: avec Yann Sommer, Roman Bürki, Marwin Hitz et Yvon Mvogo, elle a quatre grands gardiens encore jeunes! Attention, je reste un supporter de la Nati! J’étais à fond derrière elle lors de l’Euro. Mais j’ai aussi un côté congolais. Et après avoir découvert le football international grâce à la Suisse, je suis heureux de découvrir l’Afrique grâce au Congo.

– Connaissiez-vous le pays avant d’être appelé avec les Léopards?

– Non. La première fois que j’y ai été, c’était avec l’équipe nationale. J’ai découvert le pays de mon père grâce au football. Maintenant, je m’y suis rendu une dizaine de fois, mais je ne peux pas encore dire que je le connais bien. Il est très grand et je m’y rends pour travailler. La routine, c’est: hôtel, terrain, hôtel…

– Quel accueil vous a-t-on réservé?

– Il faut savoir qu’au Congo, le football est très important. Quand je suis arrivé, tout le monde connaissait déjà mon nom, mon parcours. Les gens suivent tout ce qui concerne les joueurs congolais qui évoluent en Europe. Grâce à moi, ils s’intéressent à la Challenge League! (Rires) Au sein de l’équipe, ça a été très facile aussi. Quand je suis arrivé, il y avait beaucoup d’autres nouveaux, des binationaux, nous découvrions les choses ensemble. Ce qui est amusant, c’est que j’ai retrouvé en sélection des joueurs que j’avais affrontés, avec la Suisse, alors qu’ils portaient le maillot de la Belgique ou de la France. Et nous voilà dans la même équipe!

– Vous trouvez-vous des points communs?

– En fait, grâce à cette expérience, nous voyons ce que notre personnalité doit à l’Afrique. Moi, je suis quelqu’un de très heureux, j’aime rigoler, danser. En apprenant à connaître le Congo, je sais désormais que cela me vient de la culture de mon père. Je n’en avais pas forcément conscience auparavant. Cela m’est apparu en voyant la joie qui règne dans ce pays où, pourtant, il y a beaucoup de pauvreté. Les gens n’ont rien, mais ils ont un grand coeur ouvert.

– Votre sélectionneur nourrit de grandes ambitions pour la CAN. Il parle du titre.

– Et l’équipe est à fond derrière lui! Le Congo a été troisième la dernière fois, nous sommes en tête de notre groupe qualificatif pour le Mondial 2018… Nous ne voulons pas rentrer à la maison avant le 5 février, le jour de la finale.

– C’est le FC Wohlen qui va être content…

– Oui, le championnat reprend le 4 février. Mais tout le club est derrière moi, les responsables sont contents qu’un joueur de Wohlen puisse être sélectionné pour un tel événement. Ils m’ont toujours encouragé à fond. Durant la trêve hivernale, l’entraîneur des gardiens, dont je suis très proche, m’a même aidé à garder la forme pour préparer la CAN.

Lionel Pittet



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