Junior Kabananga, le dernier né des Léopards

Auteur de trois buts et une passe décisive en trois rencontres, Junior Kabananga est l'un des grands artisans de la qualification de la RD Congo en quarts de finale de la CAN-2017. Portrait.

Mardi 24 janvier, 21 h 50 à Port-Gentil. En compagnie de ses 22 coéquipiers et du staff technique de la RD Congo, Junior Kabananga Kalonji célèbre la qualification des siens pour les quarts de finale de la CAN-2017. L’attaquant du FK Astana, au Kazakhstan, ne le sait pas encore mais quelques minutes plus tard, la CAF lui décernera le titre d’homme du match. Une récompense logique pour le joueur de 27 ans, qui a harcelé la défense togolaise ce soir là, marqué un but magnifique et créé des espaces à chaque fois qu’il a tenu le ballon.

Mais Kabananga n’a pas attendu ce troisième match couperet pour briller sur les pelouses du Gabon. C’est lui qui, huit jours plus tôt, avait offert à ses coéquipiers la victoire face au Maroc, d’une belle frappe du gauche (1-0). Et dans la foulée, contre la Côte d’Ivoire, il avait permis aux siens de prendre les devants d’une tête puissante juste avant la demi-heure de jeu, avant que les Léopards ne concluent la rencontre sur un match nul plus que satisfaisant (2-2). C’est donc avec un bilan comptable de trois buts — et une passe décisive — qu’il se présentera dimanche 29 janvier, sur la pelouse d’Oyem, pour affronter le Ghana en quarts de finale.

Meilleur buteur de la compétition à la sortie de la phase de groupes, Kabananga fait désormais peur. Associé sur le front de l’attaque aux joueurs de talent que sont les Bakambu, Mubele et autres Mbemba, il fera sans nul doute l’objet d’une surveillance de tous les instants par la défense ghanéenne.

Dernier né des Léopards

Fascinant destin que celui de ce joueur de 27 ans, qui a bien failli ne même pas faire le voyage au Gabon. Le 7 janvier dernier, à quelques heures de la date butoir de la remise des listes des sélectionnés, la Fédération gabonaise avait dévoilé une liste de 23 joueurs sans Kabananga. Florent Ibenge, dans le même temps, en avait présenté une de 24 joueurs : le technicien franco-congolais, hésitant entre son futur numéro 6 et et le milieu du KV Courtrai Hervé Kage, avait finalement opté pour le premier. Bien lui en a pris.

Car même si ses doutes étaient légitimes – Kabananga manquait cruellement de rythme, le championnat kazakh s’étant terminé en octobre – il a été bien inspiré d’aller au-delà de ce sentiment. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’explosion au plus haut niveau de Kabananga a tout d’une surprise. Si son talent balle au pied n’a jamais fait de doute, son parcours l’a plus souvent mené dans des impasses que sur la route du succès.

Mauvaise blague belge

Avant d’atterrir à Astana – destination presque unanimement qualifiée d’exotique en matière de football – il a connu une trajectoire jalonnée d’obstacles. En 2010, dès son arrivée en Europe, il fait déjà les manchettes pour une affaire extra-sportive. À l’époque, le joueur de 21 ans est transféré du club kinois du FC MK Etanchéité vers Anderlecht, fortement soupçonné depuis d’avoir fait établir un faux contrat de travail au nom du joueur pour éviter de payer des indemnités de formation à son premier club, le CS Aigles verts. Une sombre histoire qui est toujours sur la table du service juridique de la Fifa, six ans plus tard.

Mais si l’affaire Kabananga, à laquelle le magazine So Foot a consacré un excellent papier, marque les esprits à Anderlecht, le joueur n’y laisse en revanche aucune trace. Sept bouts de matchs et un petit but plus tard, il est tout bonnement invité à « se relancer » à Beerschot, où le staff de l’époque ne lui donnera jamais sa chance. Pis, sur l’une de ses rares apparitions, Kabananga se déchire les ligaments du genou et signe pour une absence de plusieurs mois.

De retour sur les pelouses en 2012, il est prêté cette fois à Roulers, en deuxième division belge, où il continue dans la même galère : cinq buts en une trentaine de matchs, mais surtout une nouvelle affaire extra-sportive avec un retrait de permis pour excès de vitesse. Le Sporting récupère donc son attaquant à contre-cœur, avec la ferme intention de s’en débarrasser au plus vite.

Et dans les jours qui suivent, le Cercle Bruges décide de tenter le coup et rachète son contrat. Une libération, reconnaîtra Kabananga quelques années plus tard, en entretien avec le journal Het Laatste Nieuws : « À Anderlecht, je pouvais jouer cinq fois et à chaque fois, j’étais paralysé par le stress. À chaque touche de balle, je pensais que je ne pouvais pas jouer libéré. »

Renaissance

Après trois années à stagner, Kabananga peut enfin s’exprimer. Durant deux saisons, le Léopard retrouve son niveau, gagne sa place comme titulaire et inscrit une petite vingtaine de buts, toutes compétitions confondues. Suffisant pour que le club fortuné d’Astana vienne frapper à la porte du Cercle, relégué en 2015, et s’attire les grâces de l’attaquant. « Il y a des moyens importants. Cela se voit à tous les niveaux : les infrastructures, les salaires, l’organisation », explique le joueur en entretien à Eurosport dans les semaines qui suivent son transfert.

Reste qu’en dépit de ce choix surprenant, Kabananga – qui s’offre par ailleurs une pige de sept matchs en mars 2016 au Kardemir Karabükspor (Turquie) – accumule les matchs. Il goûte même à la Ligue des champions puis à la Ligue Europa avec le club kazakh. Une expérience que peu de ses coéquipiers en sélection peuvent revendiquer à l’heure de disputer cette CAN-2017.

Alors certes, avec les Léopards, il n’est pas le premier choix dans l’axe – où il évolue habituellement en club – mais son exil sur le côté en a fait un dynamiteur de premier choix dans cette Coupe d’Afrique. Une nouvelle fois, Ibenge a eu le nez creux, comme il le reconnaissait dans le courant de la semaine, en conférence de presse : « Il n’avait pas tellement confiance en lui. On l’a remis tranquillement en route. »

Une chose est certaine : si Kabananga, comme en atteste son parcours compliqué, a tout d’un diesel, il se pourrait bien qu’il ait profité de la chaleur gabonaise pour enclencher enfin le turbo.

Yann BUXEDA

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