Junior Kabananga, roi des Léopards !

Actuel meilleur buteur de la compétition et passeur décisive, l'attaquant des Léopards du Congo Junior Kabananga n'est pas un inconnu en Belgique.

16 janvier 2017, stade d’Oyem, au Gabon. Face à la République démocratique du Congo, le gardien du Maroc Munir négocie très mal un centre venu du flanc gauche. Laissé un peu trop libre par la défense marocaine au point de penalty, Junior Kabananga en profite pour crucifier le portier de Numancia et inscrire le seul but de la rencontre. Une sacrée perf’ quand on sait que les Lions de l’Atlas font partie des favoris de cette Coupe d’Afrique complètement folle, déjà orpheline des Panthères gabonaises, des Fennecs algériens et des Éléphants ivoiriens.
Kabananga s’en fiche. Il est déjà le meilleur buteur de la compétition (trois buts en trois rencontres de poule) et les Léopards sont en quarts de finale. En moins de dix jours, il vient de quadrupler son total goals en équipe nationale. Et de se rappeler au bon souvenir des supporters belges, qui se souviennent surtout de lui pour l’opacité de son transfert vers Anderlecht en 2010. Retour sur une carrière un peu folle marquée par une grosse blessure, quelques buts et des choix surprenants.

 Automne 2010

Une arrivée discrète au Sporting… et une sale blessure

Le 16 octobre 2010 Anderlecht se rend au Cercle de Bruges. Mené après un but de l’ancien de la maison Oleg Iachtchouk, les Mauvessont dans le dur. À six minutes de la fin, un jeune attaquant de vingt-et-un ans, arrivé quelques mois plus tôt à Bruxelles de son Congo natal entre à la place de Guillaume Gillet. Il s’appelle Junior Kabananga. Et soyons honnête, il ne laissera pas une grande impression au Sporting.

Cette saison-là, il cumule 128 minutes de jeu en sept matches, pour une titularisation et un but contre le Charleroi de Csaba Lálszló. Des stats qui poussent la direction d’Anderlecht a vite le refourguer en prêt au Beerschot, en espérant peut-être refaire le coup de Silvio Proto.

Mais les chiffres ne grimpent pas. Jacky Mathijssen ne lui offre qu’une titularisation contre le Club de Bruges et quelques minutes en PO2 contre Zulte-Waregem et Courtrai. C’est peu, mais le gaucher se déchire les ligaments externes et internes du genou. Sale. Cette blessure nécessite forcément une longue revalidation. . .

Le souci, c’est qu’à Anderlecht, on n’a pas toujours le temps devant soi. Une situation qui mine Junior, comme celui-ci l’avouera plus tard dans les colonnes d’Het Laatste Nieuws : « À Anderlecht, je pouvais jouer cinq fois et à chaque fois, j’étais paralysé par le stress. À chaque touche de balle, je pensais que je ne pouvais pas jouer libéré.  »

Août 2012

Souci de roulage à Roulers

Le club prête donc le natif de Kinshasa à Roulers. En Proximus League, les choses se passent mieux: il joue mais ne parvient toujours pas à marquer régulièrement, le comble pour un avant-centre. . .

Avec cinq buts à peine en vingt-neuf matches et une interdiction de conduire après s’être fait choper à 141km/h sur l’autoroute dans la besace, la saison 2012-2013 de Junior est un semi-échec.

Août 2013

Quadrature du Cercle

Retour à l’envoyeur mauve, qui l’expédie aussitôt vers le Cercle de Bruges, pour de bon cette fois. Et si Junior nous faisait une « Reynaldo et Kanu« , deux joueurs à la rue au Sporting, mais auteurs de prestations de bonnes factures au Breydel.

C’est en tout cas l’ambition de l’attaquant, alors âgé de vingt-quatre ans.  « J’ai manqué de chance, mais j’ai l’opportunité de rebondir et j’ai très envie de montrer à tout le monde que je suis encore un bon attaquant« , annonce-t-il à La Dernière Heure.

Et le miracle se produit: titulaire entre Kristof D’Haene et Michael Uchebo, buteur et passeur à sept reprises, Junior Kabananga est l’une des pièces-maîtresses du 4-3-3 de Lorenzo Staelens. Si le Cercle s’effondre en PO2 (100% de défaites !), le petit frère du Club termine la saison régulière à la onzième place. Pas si mal. . .

Août 2015

Steppe by steppe

Un an plus tard, c’est le drame: le Cercle bascule en D2 malgré les huit buts inscrits par le Congolais, qui quitte le navire en juin 2015, direction. . . Astana, au Kazakhstan !

Un choix un peu WTFesque, que le bonhomme assume sans souci: « Il y a des moyens importants. Cela se voit à tous les niveaux : les infrastructures, les salaires, l’organisation« , explique-t-il à Eurosport, tout en rappelant que les salaires perçus là-bas sont nets d’impôts. . . .

Quoi qu’il en soit, le FC Astana a des dirigeants haut placés, ce qui est toujours utile quand on vise l’Europe. Sous le maillot jaune et bleu, il offre le titre à son club et surtout découvre la Ligue des Champions. Et sans y être ridicule, étant donné qu’Astana termine invaincu à domicile dans un groupe où il affronte Benfica, Galatasaray et l’Atlético de Madrid, futur finaliste. Joli coup pour un novice !

Février 2016

Pige en Turquie et but gag

Le séjour dans les steppes ne dure pourtant pas et au bout d’une demi-saison, la carrière de Kabananga prend un nouveau tournant improbable. En mars 2016, il file direction la Kardemir Karabükspor, en D2 turque. Histoire de rentabiliser son année vu que le championnat kazakhe se joue en décalage par rapport au reste des compétitions européennes (de mars à octobre, play-offs compris).

Le temps de jouer sept rencontres et de marquer deux buts au pays d’Erdogan, il tourne casaque (vous l’avez ?) et revient donc à Astana quelques semaines plus tard. Cette saison, Junior et Astana ne parviennent par à rééditer l’exploit et doivent se contenter de l’Europa League, dont ils sont vite éliminés. Pour Kabananga, l’heure de gloire a lieu contre l’Olympiacos. Deux mois avant le Maroc, le Léopard profite déjà d’une grossière erreur du gardien adverse pour planter. . .

Janvier 2017

Le Léopard croque la CAN

Arrivé frais à la CAN, il impressionne avec la RDC, pour laquelle il évolue depuis fin 2014. Positionné en tant qu’ailier droit (c’est Dieumerci Mbokani ou Cédric Bakambu qui sont au numéro 9), il permet à son pays de battre le Maroc, est buteur et passeur décisif contre la Côte d’Ivoire, tenante du titre, et remet ça contre le Togo d’Emmanuel Adebayor et Matthieu Dossevi. Bref, à vingt-sept ans, le mec est en pleine bourre. Enfin. . .

« Il a des hauts et des bas« , dit de lui Florent Ibenge, son coach des Léopards, « Son grand problème jusqu’à présent se situait sur un plan mental, car on voit que c’est le seul de l’effectif qui joue la Ligue des Champions, même si c’est au Kazakhstan. Il le potentiel qu’on connaît, mais il n’avait pas tellement confiance en lui. On l’a tranquillement remis en route.  »

Et tranquillement, on se demande si le Congolais n’est pas en train de finalement tirer le meilleur parti de ce talent que lui prêtait Anderlecht. C’était il y a déjà près de sept ans. Pour un Léopard, Junior Kabananga a bien pris son temps. . .

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